Märta Tikkanen – L’histoire d’amour du siècle

Tout d’abord je pense que c’est difficile
voir simplement impossible
de parler de L’histoire d’amour du Siècle
de Märta Tikkanen
sans vous dire
qu’il m’a touché
sans vous dire
que je ne serais pas
objectif
distancié
que je n’ai pas
ressenti
de l’empathie
pour Märta Tikkanen
et L’histoire d’amour du Siècle.

Le sujet du livre est difficile
puisqu’il parle de violence conjugale
d’alcoolisme, d’amour et de haine,
de la domination masculine,
mais tout cela
d’une façon si simple,
pure
parfois universelle,
qu’elle touche en plein cœur
et mérite
d’être lue.

Peinture sans fard
de l’alcoolisme
disent messieurs les critiques littéraires

Comment se fait-il
qu’aucun d’entre eux
n’ait remarqué l’absence
des odeurs par exemple ?

L’odeur forte et pénétrante du cognac
qui vous prend aux tripes
dès qu’on ouvre la porte
La puanteur tiède et épaisse
du cognac mêlé de sucs gastriques
quand tu as vomi tout ton repas

Märta Tikkanen est une femme, artiste.

Henrik Tikkanen est un homme, artiste.

Ils sont mariés, ont des enfants.

Märta tombe amoureuse d’Henrik,
l’admire, lui, cet artiste génial.

Henrik aime éperdument Märta,
elle, son grand amour, éternel.

Au fil du temps, Henrik tombe
dans l’alcoolisme
et leur relation sombre.

Märta prend un carnet
et commence
à raconter en vers
comme un roman
leur amour,
qui devient leur haine,
la violence
qu’elle subit
que leurs enfants subissent
en ne cachant rien
des détails
des raisons
qui peuvent expliquer
des douleurs
qui font sa vie.

Tu me racontes
que bien des nuits tu t’es endormi
la tête sur ton chien devant la porte
que tu es parti à bicyclette pour pleurer
lorsque ton chien est mort
que ce chien avait plus d’importance
pour toi
que ton père et ta mère
qui n’étaient jamais ni sobres ni présents
et qui ne savaient
que faire de toi

C’est triste
et tu pleures

[…]

et toi tu restes là à sangloter
sans qu’il te vienne à l’idée
que tes enfants ont eux aussi
un père

On est frappés par la finesse
des descriptions de Märta
qui soudain deviennent tornades,
l’amour et l’admiration
qu’elle porte à Henrik
qui soudain mue
entre haine et colère,
la joie que lui procure sa vie
qui soudain devient un enfer.

Malgré tout
elle croit
et écrit

Pour la millième fois
démentie
je suis là
à répéter :
il faut pourtant bien
il faut pourtant bien croire
il faut pourtant bien oser aimer

D’une histoire personnelle
qu’elle seule a pu vivre
cette femme finlandaise
nous laisse entrevoir
l’ampleur du problème
de l’alcool dans les familles,
de la violence conjugale,
en général,
de la fragilité de l’amour,
mais aussi, et surtout,
de la difficulté
d’être une femme
dans notre monde,
et même, malheureusement,
notre monde d’aujourd’hui.

Ce que tu dois être forte
arrive-t-il
que des gens
me disent

Et je pense alors
à tout ce qui s’est passé
— peut-être bien
que je suis forte

Oui, sans doute
Je dois être forte, moi

Les êtres forts ne plient pas
Ils rompent

et se brisent

Son carnet fini
Märta ose un jour
le faire lire
à des amis
qui l’incitent
à le publier
sentant l’importance
et l’impact
qu’il pourrait avoir.

La poète Märta Tikkanen
et son Histoire d’amour du siècle
ont finalement marqué la Finlande
et des générations de femmes
qui citent parfois ces poèmes
comme ce dernier
avec lequel
je conclurai.

Garde tes roses
débarrasse plutôt
la table

garde tes roses
mens plutôt
un peu moins

garde tes roses
écoute plutôt
ce que je dis

aime-moi moins
crois-moi plus

Garde tes roses!

 

L'histoire d'amour du siècle de Märta Tikkenen

 

Märta Tikkanen
L’Histoire d’amour du siècle

Éditions Cénomane

Illustré de vingt dessins de Henrik Tikkanen

Traduit du suédois (Finlande) par Philippe Bouquet

Paru en mars 2011

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.